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Sur cette page vous pourrez entendre et lire des expériences de rétablissement de membres de Narcotiques Anonymes.

Le but principal de Narcotiques Anonymes étant de transmettre le message que n’importe quel dépendant peut arrêter de consommer, perdre le désir de consommer et trouver un nouveau mode de vie, vous entendrez ici des expériences centrées sur un mode de vie sans drogue basé sur les principes de rétablissement de Narcotiques Anonymes.

Le programme de NA est basé sur les 12 étapes et les 12 tradition de NA.

RÉCITS DE MEMBRES NA

Jeune et tout à gagner

Les membres que j’ai rencontrés dans les réunions de NA m’ont intriguée. Grâce à l’attrait qu’ils avaient, j’ai décidé de croire au programme. J’ignorais que mes premiers pas tremblotants, ceux qui m’ont conduite à mon porte-clés du nouveau, m’introduiraient dans cette belle aventure qu’est le rétablissement.

Jeune, j’étais tranquille et réservée. Je collectionnais les mentions d’excellence à l’école. Très rêveuse, j’entretenais de beaux projets d’avenir et, en apparence, tout laissait croire qu’ils allaient se réaliser. Cependant, je traînais un complexe d’infériorité que j’attribuais à mon surplus de poids. Ce sentiment s’est amplifié au début de mon adolescence. À l’âge de 13 ans, j’ai traversé une crise d’identité : je ne voulais plus être considérée comme l’intellectuelle de la classe et la petite fille tranquille de papa et maman. Je souhaitais m’intégrer au sein du groupe rebelle de l’école. Souhaitant me tailler une place parmi eux, je leur donnais des cigarettes, je les invitais chez moi quand mes parents partaient en voyage. J’étais prête à tout pour combler mon besoin d’être reconnue. Du même coup, j’ai vite été initiée à l’alcool, aux drogues et à la sexualité. La fête commençait !

J’ai aussitôt constaté que mes diverses consommations me permettaient de m’extérioriser. Mes peurs et ma timidité s’envolaient, ce qui me donnait l’impression de devenir une personne beaucoup plus intéressante. Mes nouveaux comportements ont affolé mes parents, mais j’étais plutôt indifférente aux problèmes que je causais : seuls mes amis, mon amoureux et ma consommation m’importaient. Mes 16 ans ont signifié le début des responsabilités. Pour payer mes consommations, j’ai occupé mon premier emploi. À cet effet, j’ai adopté une apparence acceptable, au grand bonheur de mes parents pour qui la réussite sociale était très importante. J’ai investi beaucoup d’énergie afin de paraître bien, croyant ainsi éliminer mon malaise intérieur. Pourtant, plus je me sentais mal, plus je consommais et pour compenser ma consommation abusive, je me suis mise à travailler d’arrache-pied et à exceller davantage à l’école. C’était ma façon de me déculpabiliser. J’ai fini par me sentir essoufflée par le rythme de vie infernal que je m’imposais.

Je consommais au point de ne plus me souvenir de mes actes, ce qui m’a souvent placée dans des situations très humiliantes. Difficile à accepter pour une orgueilleuse comme moi ! Au cours de ces années, j’ai essayé de me prendre en main et je me demandais sérieusement pourquoi ma vie prenait toujours des allures pitoyables. Je racontais mes déboires à ma sœur aînée, une personne avec qui j’avais l’habitude de consommer. J’ignorais qu’elle était une dépendante en rétablissement jusqu’au jour où elle m’a suggéré de l’accompagner à une réunion de Narcotiques Anonymes. J’ai accepté. Malgré l’accueil qu’on m’avait réservé à ma première réunion de NA, je m’y étais sentie très mal à l’aise. J’avais l’impression d’être une intruse parmi tous ces gens qui se connaissaient et je me demandais pourquoi ils s’intéressaient à moi. J’ai toujours paniqué devant l’inconnu. Experte dans la justification, j’ai trouvé mille excuses pour ne pas retourner aux réunions ; je me disais que j’étais beaucoup trop jeune. Le pire, c’est que je me croyais !

Ma maladie a continué de progresser au cours des deux années qui ont suivi. Je fréquentais mon revendeur de drogue, un homme beaucoup plus âgé que moi et de qui je suis tombée enceinte. J’étais très douée pour entretenir des relations affectives plutôt malsaines ! Me sentant indigne d’être mère, je me suis fait avorter. Je ne croyais plus en la vie. J’avais tenté par tous les moyens de contrôler ma consommation sans résultat. J’étais désespérée. Un jour, en arrivant chez moi après quelques 24 heures de débauche, j’ai trouvé un dépliant sur ma table de nuit : Les jeunes et le rétablissement. Je l’ai ouvert en pleurant. Mes débuts dans Narcotiques Anonymes ont été pénibles. Je me sentais si épuisée. Les réunions n’arrivaient pas à apaiser mes peurs. J’y retournais tout de même et le fait de rencontrer chaque jour des dépendants en rétablissement m’a donné la force de rompre avec mes anciennes fréquentations au contact desquelles je rechutais toujours. Peu à peu, les réunions de NA sont devenues mon nouveau refuge. J’ai adopté une réunion fermée qui comptait peu de membres. J’ai commencé à faire le café et le fait d’accomplir une tâche me valorisait. J’étais incapable de parler, mais j’écoutais attentivement les membres partager. J’étais si fascinée par ce nouveau vocabulaire : acceptation, humilité, amende honorable, rejet, ouverture d’esprit et puissance supérieure ! J’allais enfin apprendre à vivre et j’avais tant à apprendre ! J’ai trouvé, grâce à Narcotiques Anonymes, la force de demeurer abstinente une journée à la fois. C’est ce qu’on m’avait promis. NA est devenu ma nouvelle raison de vivre.

En m’intéressant au programme, j’ai appris que je souffrais d’une maladie, ce qui m’a réconfortée. J’étais gravement malade et non foncièrement méchante. La dépendance m’avait transformée en ce que je ne voulais pas être : une personne égocentrique, hypocrite, voleuse, menteuse, manipulatrice, irresponsable, intolérante, ingrate. J’ai pu accepter cette réalité en me répétant que j’avais dorénavant le privilège de changer et de m’améliorer grâce à ma relation avec un Dieu d’amour. Après avoir pris une période de répit où, pour la première fois de ma vie, j’ai pris du temps pour moi, je suis retournée au travail et aux études. J’arrivais à fonctionner en essayant d’appliquer mes connaissances nouvellement acquises dans le rétablissement. Je me sentais plutôt maladroite, particulièrement dans mes relations interpersonnelles. Je m’étais si longtemps rejetée moi-même que j’avais peine à croire que l’on pouvait m’accepter telle que j’étais. J’ai persisté, car rien ne pouvait être pire que ce que j’avais vécu auparavant. J’ai aujourd’hui la liberté de poursuivre mes ambitions, celles que j’avais abandonnées en cours de route à cause de ma consommation. Je jouis d’une vie bien remplie et aussi longtemps que mon but ultime sera d’être abstinente, je serai en sécurité. Je dois m’en souvenir. J’essaie d’assister régulièrement aux réunions. Elles constituent la base de mon nouveau mode de vie. Je crois aussi que si j’ai été libérée de l’obsession de consommer, ce miracle pourrait se produire dans les autres domaines de ma vie. Quand je ne vis pas le programme, j’ai l’impression de subir la vie au lieu d’en profiter pleinement. Par contre, je n’accuse plus aussi spontanément les faits extérieurs comme étant la cause de mon malheur. Je m’interroge plutôt sur ma façon de me comporter. De plus, aujourd’hui, j’ai le droit de me tromper. J’aurais pourtant bien aimé que le rétablissement me transforme en un être parfait… hélas ! Souvent, je fais fausse route, mais le chemin qui mène au rétablissement me réserve bien des surprises. Le plus étonnant, c’est qu’il réussit à transformer mes erreurs en expériences. Je me considère privilégiée d’avoir la chance de me rétablir aujourd’hui. Je souhaite à tous les dépendants actifs de connaître Narcotiques Anonymes pour qu’ils sachent qu’ils ne sont plus condamnés à vivre malheureux à cause de la consommation. Je ne peux que répéter ce que l’on m’a enseigné quand je suis arrivée à la fraternité, c’est-à-dire de persister quoi qu’il arrive. Si, à mes débuts, j’ai décidé de croire au programme, c’est parce que je n’avais plus rien à perdre. Aujourd’hui, si je désire continuer, c’est parce que j’ai tout à gagner. Merci !

NA m’apporte tout ce dont j’ai besoin

Je suis issu d’une famille bourgeoise ayant matériellement tout, mais où les relations entre les différents membres de la famille sont plutôt malsaines. Mon père, bien qu’ayant beaucoup de succès dans ses affaires, abuse nettement de l’alcool. Cela fait déjà plusieurs générations que la maladie de la dépendance fait des ravages dans notre famille, menant même parfois à la mort.

Très jeune, je me suis senti différent, j’étais mal à l’aise dans la plupart des situations de la vie, plus particulièrement durant les rencontres sociales et familiales. Je me suis donc créé une famille à part; je me suis accroché à une poignée d’amis très proches parce que je me sentais en sécurité parmi eux. A l’âge de 12 ans, j’ai fumé mon premier joint, mais j’avais déjà consommé des solvants. Je recherchais sans cesse à modifier ce que je ressentais. J’avais trouvé un moyen de me détendre, de me sentir plus calme et plus à l’aise dans la vie. Une chose m’a pourtant rapidement étonné : je prenais beaucoup de plaisir à consommer seul le soir, alors que la plupart de mes amis ne le faisaient pas. Le deuxième joint que j’ai fumé m’a pourtant rendu malade. J’ai dû m’allonger par terre dans un stationnement. Cependant, cela ne m’a pas arrêté; pourtant, c’est ce qu’une personne sensée aurait sûrement fait. Je pense que j’avais déjà perdu la raison.

Comme la plupart des dépendants, j’avais juré que je ne toucherais jamais à des drogues dures. À 15 ans, je prenais régulièrement des hallucinogènes et de la cocaïne pour finalement découvrir ma drogue de choix à 17 ans : l’héroïne. La première fois que j’en ai pris, j’ai été malade. J’ai vomi toute la soirée, et pourtant, j’en suis tombé amoureux. Enfin je découvrais un produit qui m’enlevait toutes mes peurs, toutes mes inhibitions, tout mon mal-être. J’étais soudainement réconcilié avec la vie. Je pense avoir toujours eu une réelle envie de vivre pleinement heureux, mais j’étais incapable de m’intégrer à ce bas monde. Le plaisir et le réconfort que me procurait l’héroïne ont été longtemps plus forts que les conséquences négatives de ma consommation. Assez rapidement, j’ai connu le manque physique, la dilapidation de mes économies, la vente d’objets précieux, l’abandon de mes amis, l’incapacité à poursuivre mes études. L’obsession était si forte et si présente en permanence qu’il fallait que je consomme dès mon réveil. Je n’arrivais pas à fonctionner autrement. J’avais perdu toute maîtrise de vie. J’ai pourtant entrepris une psychothérapie qui n’a pas donné de résultats, car j’étais beaucoup trop malhonnête. J’ai également entrepris divers sevrages, mais vivre sans drogues était plus pénible que vivre avec. J’ai suivi un programme de méthadone et cela non plus ne m’a pas suffi. L’obsession était toujours là, forte, et moi, impuissant face à elle.

Un jour, mon médecin m’a parlé de Narcotiques Anonymes. Un de ses patients y allait et avait trouvé beaucoup d’aide et de soutien. Je suis donc allé où se trouvait l’unique groupe en Suisse. J’ai regardé par la fenêtre de la salle et j’ai vu quelques personnes autour d’une table. Je n’ai pas voulu entrer… j’avais peur d’être obligé de me rétablir. Je ne savais pas que, dans NA, il n’y a que des suggestions.

Quelques mois de consommation plus tard, ayant perdu beaucoup de poids et jusqu’à la plupart de mes valeurs morales, j’ai accepté de partir pour un nouveau centre de traitement en Angleterre. Là-bas, on m’a parlé à nouveau de Narcotiques Anonymes. Ce n’était pas un hasard! J’ai commencé à fréquenter les réunions de NA.

Après neuf mois de traitement, je suis retourné en Suisse, croyant fermement à ce programme et à la valeur thérapeutique d’un dépendant en aidant un autre. J’ai donc assisté à une réunion de NA. Il n’y avait qu’un seul membre présent. Le groupe avait été formé six mois auparavant et ne comptait que deux membres. J’ai adoré cette réunion. Ce membre a partagé son expérience, sa force et ses espoirs, et moi, je lui ai raconté ma vie. Malheureusement, il est décédé quelques années après, victime de la maladie. L’autre membre fondateur devait, quant à lui, décider de ne pas revenir aux réunions peu après mon arrivée.

J’allais donc aux réunions, mais je ne m’impliquais pas vraiment. Je n’étais pas entièrement honnête dans mes partages. Je ne suivais pas toutes les suggestions et je m’accrochais à mes vieilles façons de penser et d’agir; je n’avais certainement pas complètement baissé les bras. J’ai finalement rechuté.
Au bout d’un mois d’autodestruction, j’ai réalisé que j’allais vraiment mourir si je continuais à consommer. Je crois que ma puissance supérieure était là. Avec l’aide de professionnels, j’ai pris la décision de revenir au programme.

Ma vie a alors vraiment changé. J’ai changé! J’ai baissé les bras et j’ai admis mon impuissance. J’ai ressenti la première étape et je l’ai acceptée. Mon rétablissement est devenu ce que j’avais de plus précieux et de plus important dans ma journée. Je ne savais pas si j’allais vraiment rester abstinent, mais je savais que, juste pour aujourd’hui, je pouvais le faire. Chaque matin, je commençais par lire une lecture de rétablissement et prier, puis je me fixais comme objectif d’aller en réunion le soir. J’ai appris aussi à utiliser le téléphone, à mettre en pratique dans ma vie ce qui semblait marcher pour les autres, sans juger, sans critiquer. J’ai mis les principes au-dessus des personnalités et j’ai demandé de l’aide.

La fraternité suisse à ce moment-là était très petite. Nous avions juste quelques membres réguliers. J’ai donc pris la décision de fréquenter les réunions d’une autre ville. N’ayant toujours pas récupéré mon permis de conduire, je dépendais des transports en commun et cela me prenait 2h30 pour aller en réunion et le même temps pour en revenir. Mais je dois dire que tout cela m’occupait. Au moins, dans ces moments-là, j’avais un but et ne pensais pas à aller consommer. Je fréquentais aussi une autre fraternité, n’ayant pas assez de réunions de NA dans ma région pour pouvoir y aller tous les jours. Aujourd’hui NA m’apporte tout ce dont j’ai besoin.

J’ai rapidement pris part au service, d’abord par nécessité et aussi pour me sentir appartenir à la fraternité. Pour moi, ce fut la seule façon de vraiment m’intégrer, ayant toujours tendance à rester distant. J’ai besoin de participer activement. Je redonne ainsi ce qui m’a été donné si généreusement. J’ai de la gratitude envers NA, pour son existence, pour les amis que je m’y suis fait. Servir est ma façon d’en témoigner. Je suis passé par presque tous les postes de la structure de service à mesure que la fraternité a grandi. Je fais moins de service à présent, mais j’ai toujours ma part. J’assiste aux réunions régulièrement, j’ai un parrain que j’utilise et je parraine d’autres dépendants. Cela fait maintenant plusieurs années que je suis abstinent, moi qui était si incertain de la possibilité de me rétablir!

Aujourd’hui je me sens bien dans NA et j’en ai toujours besoin. Les réunions m’aident à savoir où j’en suis, à lâcher le contrôle, à retrouver un peu de spiritualité et à ne pas oublier d’où je viens. L’obsession de consommer m’a été enlevée et c’est le plus beau cadeau que j’ai reçu; c’est d’ailleurs la seule promesse que NA m’a faite, mais à elle seule, elle vaut tous les efforts du monde. J’ai parfois des envies de consommer, j’y pense, je suis toujours dépendant, mais elles ne me contrôlent plus, ne m’obligent plus à consommer. Je pratique les étapes du mieux que je peux, j’y crois fermement, je crois en un Dieu d’amour tel que je le conçois. J’ai la preuve que ce programme marche puisque je suis là et que j’écris mon histoire, abstinent.
Reviens, ça marche!