Narcotiques Anonymes France

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#1 18-09-2006 23:43:41

Le Témoignage d'un des fondateurs de NA en 1973

« Il y a des gens sur La Cienega Boulevard qui sont en train de mourir de notre maladie. Il y a des gens partout dans le monde en train de mourir de notre maladie. Et croyez-le ou non, nous sommes vraiment les seuls à pouvoir réellement les aider.
N’oublions jamais cela. Vous et moi avons reçu, par l’entremise du malheur, de la souffrance et de la maladie, le don de pouvoir aider les autres êtres humains comme
nous. N’oublions jamais cela… »

Extrait du discours de Jimmy K donné lors du 20ième anniversaire de NA ( 1973)

Un peu d’histoire de NA
.
Jimmy K : J’ai des nouvelles pour vous. La Sunland Lumber Company (une société proche du site de la première réunion de rétablissement de NA) n’existe plus, mais nous,
nous sommes toujours là. La salle de l’Armée du Salut est toujours là. Vous pouvez en voir deux photos là, tout en haut…C’est maintenant une église espagnole. Les autres photos représentent les lieux de nos « réunions lapin ». Nous les avions appelées « réunions lapin » à l’époque, parce que nous ne savions jamais où nous allions nous réunir. Si nous étions cinq ou six à une réunion un soir, alors nous décidions dans quel appartement ou quelle maison se tiendrait la réunion de la semaine prochaine. Et la personne chez qui cela se passerait devait emmener les tasses, les sucriers et le format de réunion avec elle, puis
nous nous serions réunis chez elle.
Ce n’était pas tant que nous, qui commencions alors à nous impliquer dans le programme, avions si peur de la loi mais les nouveaux étaient terrifiés. J’ai construit un panneau et nous l’avons accroché dehors, sur la porte de l’église…Presque deux fois cette taille, trois fois comme ça, qui disait « Réunion de NA ce soir à 8:30. » Puis nous avons ouvert les portes et en général une douzaine d’alcooliques venaient pour nous aider. Une voiture passait lentement, regardait le panneau et disparaissait. Personne ne faisait confiance à personne. Vous savez, ils pensaient que nous étions surveillés. On ne nous croyait pas lorsque nous disions que nous n’étions pas sous surveillance. Et au début, nous-mêmes n’en étions pas certains. Parce qu’en tant que groupe nous avions décidé de nous mettre en règle au moins avec la loi, nous nous sommes rendus à la Brigade des Stupéfiants et leur avons dit — nous ne leur avons pas demandé — nous leur avons dit que nous allions tenir une réunion de toxicomanes. Ils ont un peu hoché les sourcils quand ils ont entendu ça. Mais sur place, nous étions cinq. Un certain Miller, je ne sais plus s’il était lieutenant de police ou capitaine, nous a écoutés et nous a dit : « Il était temps que quelque chose de ce genre se passe. J’ai essayé d’aider les toxicomanes pendant des années, sans succès ; je ne suis pas en mesure d’aider qui que ce soit. » Alors il a appelé un lieutenant de police, pour que celui-ci entende notre conversation et savoir ce qu’il en pensait. C’était un flic à l’ancienne, un dur à cuir qui tenait pour certain qu’aucun d’entre-nous ne  pourrait se rétablir, vous savez. Il a écouté et Miller a dit : « J’aime cette idée.Je la soutiens. Je prends pour argent content ce que vous nous avez dit. Je ferai tout ce que je peux pour vous aider. »
Tout au long, il nous a soutenus à cent pour cent. Soit dit en passant, il a tenu parole. Puis il a dit à ce lieutenant : « Qu’est-ce que tu en penses ? » Le lieutenant a répondu : « Ca marchera pas, un toxico reste un toxico. Tu sais ça, bon sang. Aucun d’entre eux n’ira mieux. Je me fiche de ce que tu en penses, je me fiche de ce qu’ils racontent, ça marchera pas. » Alors, il nous a regardé à nouveau et je ne savais fichtrement pas quoi dire, vous savez, je n’étais qu’un des membres de notre groupe. J’ai regardé Doris et elle ne savait pas quoi dire. Et Frank aussi ne savait pas quoi dire. Et le vieux Pat, qui était resté assis là sans rien dire pendant tout ce temps et qui n’ouvrait pas la bouche, dit : « Lieutenant, mon nom est untel, je suis né et ai grandi là et là, je me suis fait arrêter la première fois pour telle et telle chose, et on m’a condamné à telle et telle peine ; maintenant, je veux que vous alliez vérifier mon dossier, de long en large.
J’ai fait tous les pénitenciers du pays, sauf Dannemora. Je suis le dernier des Petermen et je n’ai pas touché à la dope depuis 18 ans. Je ne suis pas allé en prison depuis 18 ans et ce programme marche pour moi. Maintenant, vous allez aller vérifier et vous en convaincre par vous-même, parce que je n’ai pas cessé d’aller en prison depuis que j’étais gamin jusqu’à ce que je rencontre ce programme. » Et le type ne savait pas quoi dire. Pat dit : « Maintenant je suis sérieux, allez vérifier. » Si le gars a vraiment vérifié, je ne sais pas, mais je sais que la police et la Brigade des Stupéfiants ont tenu parole. Ils ne nous ont jamais surveillés, n’ont jamais alpagué l’un d’entre nous, pour quoi que ce soit, ne nous ont jamais mené la vie dure quand nous sortions des réunions ou quand nous y allions. Et nous aussi, en retour, avons tenu parole. Nous nous comportions correctement et suivions les traditions du mieux que nous le pensions alors. Et fondamentalement, c’est comme ça que nous avons commencé à grandir pendant ces douze dernières années. Quelques-unes de ces photos montrent des hommes, un en lieu particulier, il y a plusieurs années il avait tenu les premières réunions de AA dans plusieurs institutions pénitentiaires, et il nous a aidé à tenir les premières les réunions de NA à Walla Walla, à Saint Quentin et ailleurs également. Depuis, Les est mort lui aussi. Bon sang, je ne sais pas pourquoi j’ai rédigé ces notes, parce que de toute façon je ne les suis pas. Nous avons recommencé en 1960, au début de 1960, avec environ quatre personnes. Nous avons recommencé à former un groupe selon le concept original : les étapes pour les membres et les traditions pour les groupes. Et nous avons grandi lentement mais sûrement depuis cette époque. Premièrement, je crois que nous avons grandi parce que nous n’étions sous la domination d’aucun groupe de gens, surtout dans la région que la plupart d’entre nous connaissent, la Californie. Je pense que c’est la raison première, la raison principale, qui a fait une grosse différence. Plus le fait que de plus en plus de dépendants sont conscients de l’importance d’un travail de douzième étape. A l’époque, aucun dépendant ne voulait faire de visite de douzième étape. Fréquemment, des choses étranges arrivaient vous savez, par exemple huit ou dix dépendants appartenant à un groupe faisaient une descente chez un pauvre junky, en train d’agoniser dans une arrière chambre de l’appartement de sa mère. Nous arrivions comme des frelons.
Whaaa ! ! Vous savez ! Tout le monde avait peur. Nous devions y aller en groupe parce que personne ne voulait y aller seul ou à deux. Tout le monde avait peur de finir défoncé s’il y allait et appelait un autre dépendant. C’est encore un des mythes que nous avons finis par créer nous-mêmes, que nous ne pouvons pas passer chez quelqu’un qui consomme sans consommer nous-mêmes. Un des plus grands mensonges de tous les temps. Vous savez c’est pas vrai, pas vrai du tout. Et c’est une des raisons de notre croissance. Plus le fait que nous nous efforcions, peut-être, de faire la meilleure chose que chacun
d’entre nous puisse faire : nous étions disposés à écouter. Bob, qu’est-ce que t’as fait de mes autres notes ? Tu les as volées ? Ah, les voilà. Une fois, j’ai démissionné du poste de coordinateur de NA avant que ça ne redémarre vraiment, à cause des choses mêmes dont je parle. J’ai démissionné parce que nous ne suivions pas les traditions de Narcotiques Anonymes. C’est bizarre, j’avais dit que j’en parlerais ce soir puis j’avais décidé que non, mais je vais en parler. En fait, bien que nous ayons tenu des réunions pendant plusieurs années, pendant environ quatre ans Narcotiques Anonymes n’a pas existé. A cause d’une des choses que nous avions dites : que nous nous appellerions une organisation et une fraternité de NA aussi longtemps que nous utiliserions les étapes et les traditions. Aussi, quand nous avons cessé d’utiliser les traditions et sommes devenus le projet d’un seul homme, NA n’existait plus réellement. Je le mentionne pour deux raisons, parce que tout s’est  effondré et qu’il ne restait plus que quelques-uns uns d’entre nous, mais cela souligne également le fait que ce programme — une fois que vous commencez à le vivre, vous ne pouvez plus le lâcher — ce programme va grandir
à nouveau. Ce programme ne va pas s’effondrer si tous ici, dans cette pièce, à l’instant présent, et c’est un miracle en soi, si tous ici on n’y arrive pas, la fraternité ne va pas s’effondrer. Non parce que je dis qu’il en sera ainsi, mais parce que c’est la nature même du rétablissement : une fois
que l’on sait que quelque chose peut être fait, ce n’est jamais perdu, quelqu’un va vouloir s’en servir et tout reprendre. Nous avons parcouru un immense chemin. Je reformule souvent les choses à la façon des spots publicitaires et la région de Virginia Slims possède une bonne formule : « Tu as fait un long chemin, tu sais, pour en arriver là où tu es. » Et je ne vais pas dire grand chose d’autre parce que, ah, là tout de suite je suis trop excité. Je crève le plafond. Nous grandissons plus vite que jamais. Nous sommes implantés dans plus d’états, de pays, et, aujourd’hui, chacun d’entre nous a davantage d’opportunités pour trouver sa place dans Narcotiques Anonymes et transmettre le message de rétablissement aux dépendants partout dans le monde. Nous ne pouvons plus essayer de restreindre le mouvement à la Californie ou à ce pays. Mais cela va réclamer tout ce que nous possédons, rester dans ce programme demande tout ce que nous possédons. C’est un programme de courage…Si vous êtes dépendant ou dépendante, c’est que vous avez pas mal de courage ou bien vous ne seriez pas ici ; aussi appliquons ce courage à bon escient. Partons de ce que nous possédons et essayons d’en faire une chose meilleure, encore meilleure que ce qu’elle est déjà. Vous savez que j’ai dit à de nombreuses reprises, il y a longtemps, qu’un homme sans un rêve n’est qu’une moitié d’homme et qu’une fraternité sans une vision est une farce. Je le pense toujours et sais fichtrement bien que nous pouvons nous accomplir en vivant, ici, un jour à la fois. Et un jour à la fois, notre vision et notre fraternité peuvent devenir une réalité encore plus forte. Il y a encore des choses qui m’intéressent. Il y a deux ans lors de la convention, quand je venais de regagner ma voix, j’ai dit qu’aussi longtemps que je vivrai j’utiliserai ma voix et ma force, quelles qu’elles soient, pour porter plus loin les efforts de Narcotiques Anonymes…Et c’est bien mon intention. Mais cela va réclamer un engagement total de ma part, et un engagement total de votre part, et tous les gens à qui vous aller parler, et un engagement total de la part
des gens à qui vous transmettrez le message, pour faire de tout ça une réalité encore plus forte.
Il y a des gens sur La Cienega Boulevard qui sont en train de mourir de notre maladie. Il y a des gens partout dans le monde en train de mourir de notre maladie. Et croyez-le ou non, nous sommes vraiment les seuls à pouvoir réellement les aider. N’oublions jamais cela. Vous et moi avons reçu, par l’entremise du malheur, de la souffrance et de la maladie, le don de pouvoir aider les autres êtres humains comme nous. N’oublions jamais que nous avons ce don et que nous sommes responsables envers les autres. Mais en premier, nous devons être responsables envers nous-mêmes. Je parle rarement au sein du groupe de puissances supérieures, de mon concept particulier d’une puissance supérieure, mais, croyez-moi, j’en possède bien un. Et je ne sais pas combien nous sommes ici ce soir. Je ne sais pas si nous sommes 100 ou 110 ou 112, mais au-dessus et par-dessus nous tous, et dans et à travers nous tous, il y a une puissance qui ne se trouve nul part ailleurs dans le monde. C’est précisément de ça dont il s’agit dans Narcotiques Anonymes. C’est précisément de ça dont il s’agira toujours. Je suis sérieux ce soir. Et j’espère que pour le restant de la soirée, nous allons tous bigrement nous amuser parce que vivre c’est précisément cela ! Merci beaucoup.

In  The NA Way Magazine d’octobre 1993

 

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